A l'inverse le reportage télé de FR3 Euskal Herri d'hier soir (17.02) est bien frustrant. La journaliste avait été honnête en présentant à l'équipe de campagne les conditions de production : 1 heures de tournage pour un montage final de 3 minutes30 pendant lequel s'exprimeraient 7 candidats, soit environ 20 seconds par candidats si on compte les commentaires. 20 secondes par candidat!
Ces conditions sont nécessairement frustrantes pour tout candidat qui a réellement le souhait d'exprimer des idées et de soumettre un projet aux électeurs. Pour les autres c'est évidemment moins gênant...
On y apprend tout de même deux points capitaux :
- 4 candidats font partie de la majorité de Didier Borotra et vote son budget et ses orientations politiques tournés vers le faste, l'élitisme et les dépenses destinées à laisser une trace. Ainsi Guy Lafite (PRG soutenu par le PS, grand argentier du maire), Maialen Etcheverry (candidate abertzale), Max Brisson (UMP et soutenu par Forces 64, premier adjoint au maire) et Maider Arostéguy (Nouveau Centre) affime aux électeurs être dans l'opposition alors qu'elle a bien voté la Cité du surf. Tous les 4 siègent bien ensemble, votent ensemble, et osent se présenter devant les électeurs en prétendant être adversaires. C'est cette connivence et cette hypocrisie mensongère qui fait le lit de l'abstention et du dégoût de la chose publique. Le Front de Gauche la dénoncera partout et toujours!
- deux candidats (st Cricq et moi) rappellent ce qui n'est que du bon sens et que certains voudraient cacher. C'est bien la même politique qui sera menée au niveau municipal et au niveau départemental. Comment pourrait-il en être autrement?
Pour le reste les spectateurs en étaient pour leur frais. Quel bilan du CG? Quel projet des différents candidats? Qu'est-ce qui permet réellement de les distinguer et donc d'éclairer son choix? Nous n'en saurons rien et c'est bien dommage.
En ce qui me concerne tout le monde peut imaginer que l'heure de tournage n'a pas consisté à dire en boucle "ils sont déjà en situation au niveau local donc on peut en déduire ce qu'ils feront au niveau départemental". Voici donc de quoi nous nous sommes entretenu.
Premièrement nous avions choisi, avec Bernard Ithurbide, conseiller municipal, et l'équipe de campagne, d'effectuer le tournage au quartier du gaz pour des raisons fortes. La première est que ce quartier est de plus en plus connu par les biarrots comme "quartier st Charles" parce que la majorité a effectué un travail de "nettoyage" destiné à effacer toute la mémoire ouvrière de ce quartier. Ainsi le l'usine à gaz a-t-elle été construite plusieurs décennies avant l'église Saint-Charles et fut une des premières de France. Ainsi les rues de Biarritz étaient éclairées par des becs de gaz et participe de l'histoire de Biarritz. Or ce révisionnisme historique est est à l'échelon local identique à celui qui est effectué à l'échelon national. Si l'on en croit la télévision, les médias en général ou la majorité ump-modem les ouvriers n'existent plus en France. Or ils constituent encore 25% des actifs français. Un actif sur 4 est un ouvrier alors que l'ouvrier a été soigneusement gommé de l’imaginaire collectif et du vocabulaire patronal. Les directions de ressources humaines emploient des mots comme opérateur, collaborateur ou employés. Lors d'une visite chez Dassault celiu qui me parlait disait "compagnon". Partageait-t-il le pain avec ces ouvriers? J'en doute.
Effaçant les "classes laborieuses" ou a fait disparaître les "classes dangereuses" et conduit les ouvriers et enfants d'ouvriers à avoir honte d'eux-même. De même derrière le Biarritz de carte postale se cachent des poches de misères qui sont sauvées par l'épicerie sociale, la croix rouge et autres associations remarquables. La honte doit changer de camp et passer des travailleurs à celui des parasites et des rentiers!
D'ailleurs Bernard Ithurbide rappelle que dans le quartier, il y a une synagogue et une église orthodoxe qui sont plus anciennes que l'église catholique. Là encore il y aurait beaucoup à dire sur la prétendue laïcité de notre patrie. Et lorsqu'on entend M. Borotra répéter à longueur de conseils municipaux qu'il faut distinguer le local et le national on se permettra de désobéir. C'est bien la même eau qui coule ici et là-bas.

Deuxièmement il a été question de l'orientation générale de notre campagne. Si nous avons choisi, Mireille Hess et moi, d'inscrire en haut de notre affiche "cantonales 2011, la réponse politique à votre indignation"c'est évidemment pour faire écho à l'ouvrage du résistant Stéphane Hessel qui dénonce les écarts de richesses grandissants, le manque d'humanité envers les sans-papiers et les Roms, la dictature des marchés financiers et les acquis sociaux de la résistance, comme les retraites ou la sécurité sociale, bradés par le gouvernement. Pour bien comprendre que ces attaques de l'héritage, qui a fait la grandeur de la France d'une partie du XXème, sont bien intentionnelles il faut relire les propos de Denis Kessler, ancien n°2 et idéologue du MEDEF en 2007 : "La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !" Or de quoi s'agit-il ? Du statut de la fonction publique, de la retraite par répartition, de la Sécurité sociale, la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l'État, des puissances d’argent, l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie, l'organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général(c'est le langage de l'époque mais l'idée est claire), etc.
C'est tout cela qui est mis à mal et constitue clairement une contre-révolution libérale à laquelle nous tenterons par tous les moyens de nous opposer.

Le troisième point en est la conséquence. Si on se rappelle que le Conseil National de la Résistance rassemblait, outre la résistance armée, les principaux partis politiques, de la SFIO aux Démocrates Chrétiens, des Communistes à la Droite Républicaine, il faut en déduire la conclusion suivante : les ligne politiques ont énormément bougé et les électeurs ne doivent plus se fier aux étiquettes. C'est pourquoi nous nous adressons aux électeurs de droite comme à ceux de gauche (c'est naïf diront certains mais j'assume parce que je crois en l'intérêt général) :
Aux électeurs de droite : la droite n'est plus ce qu'elle était. C'est tout l'héritage issu du compromis social du CNR qui est attaqué et démantelé. Ouvrez les yeux. C'est ainsi qu'à droite toute la tradition gaulliste s'est trouvé piégée par des liens affectifs, sociaux et liés à des intérêts de classe pour finalement se trouver en totale contradiction idéologique avec l'héritage de de Gaulle qui, au nom de la haute idée qu'il se faisait de la France, n'aurait JAMAIS accepté l'idée d'une réintégration de la France dans le commandement intégré de l'Otan, l'orientation libérale du Traité Constitutionnel Européen, les coups portés à la séparation des pouvoirs, à l'indépendance de la justice, les expulsions ethniques, la casse de l'héritage du Conseil national de la Résistance, la soumission aux marchés financiers, le marché transatlantique, etc .
Aux électeurs de gauche : ne vous fiez pas aux étiquettes, notre objectif est bien que le CG passe à gauche mais il s'agit d'envoyer un signe fort à la rue de Solférino. Ce sont les dernières élections avant 2012, elles doivent servir au peuple de gauche pour dire de quelle gauche nous voulons. Est-celle qui faisait dire, en 2002, à Lionel Jospin alors candidat aux présidentielles "mon programme n'est pas socialiste"? Est-ce celle que défend Guy Lafitte, c'est-à-dire l'arrivée du président du FMI, celui-mà même dont Pierre Lelouche, secrétaire d'État au commerce extérieur, affirmait le 17 février qu'il serait un "très bon candidat de droite"?

Voilà pour les grands principes que je m'autorise à développer ici mais qui seront perdus à tout jamais dans les rushes de FR3. Mais nous avons évidemment parlé de ce qui nous occupait dans l'immédiat, à savoir les élections cantonales et donc la gestion de la majorité et nos propositions.
Pour l'ensemble des candidats du Front de gauche le bilan de ce CG n'est pas bon. D'un point de vue strictement budgétaire M. Brisson aurait raison d'être satisfait si être élu consistait seulement à présenter des comptes équilibrés en fin de mandat. Or cette fonction dépasse la gestion sinon il n'y aurait qu'à mettre des fonctionnaires territoriaux et des comptables aux mêmes sièges. Ainsi en terme d'emploi, de transport, de logement, de résultats scolaires ou d'aide aux handicapés ou aux personnes âgées, le bilan n'est pas du tout satisfaisant. Et M. Brisson essaye de nous faire oublier les embouteillages dues à la mauvaise gestion du transport et du réseau routier dans le BAB et entre la côte et l'arrière pays. Il essaye de nous faire oublier la progression du chômage de jeunes de 30% en 1 an et de de 11 % sur l'ensemble des catégories. Il essaye de nous faire oublier que le département a notoirement délaissé la création de maisons de retraite habilitées à l'Aide Sociale ou à faible revenu. Et son plan sénior 64 n'y changera rien en plus d'être vulgairement électoraliste. En terme scolaire le département va subir la baisse du nombre de postes (29 prévues selon les syndicats) et les chiffres officiels ainsi que les établissements affectés ne seront connus qu'après la campagne. Scandaleux!
Mais surtout le bilan en terme de logement suffirait à lui seul à faire baisser le regard mais nous savons maintenant d'où viennent "le sens de l'État" et "la fidélité aux valeurs gaullistes et humanistes" de M. Brisson, et qu'il ne reconnaitra jamais ses erreurs.

Enfin, la journaliste m'a demandé de présenter un point de mon projet sur lequel je voulais plus particulièrement m'exprimer. Il semble que la question du logement soit déterminante ici comme ailleurs. Pas d'embouteillage sur le BAB si l'arrière pays ne se transformait pas lentement en cité dortoir parce que les actifs ne peuvent plus se loger près de leur lieu de travail. Pas d'école perdant chaque année des élèves ou menaçant même de fermer comme celle de Larochefoucauld si les jeunes familles pouvaient se loger. Pas de métamorphose lente mais sûre de la côte basque en résidence pour riches retraités ou en terrain de jeu des spéculateurs si un vraie politique du foncier et du logement était entreprise. C'est justement l'une des fonctions du CG et c'est dans ce domaines que nous avons des propositions concrètes et efficaces à proposer. J'en ai développé quelques unes mais il me semble qu'un article entier devrait être consacré à ce sujet. Ce que je ferais très bientôt en lien avec l'ensemble des candidats du front de gauche.
Pour la défense de la journaliste et du cameran, au moment où j'ai développé ce point du logement une mobylette tonitruante a descendu lentement la rue du lycée pour rendre finalement difficilement audible mon propos. J'ai proposé qu'on refasse la prise mais il y avait un autre reportage programmé...
Ce message est déjà bien long mais j'espère qu'il permettra aux lecteurs de comprendre dans quelles conditions s'exerce, ou ne s'exerce pas en l'occurrence, la formation de la conscience critique des électeurs et comment en conséquence aucune démocratie digne de ce nom ne peut se réaliser.
Bravo à toi cher lecteur si tu as eu le courage d'aller jusqu'au bout.
Je voudrais néanmoins finir par une citation qui aurait pu conclure mon propos dans le reportage. Elle est d'Hannah Arendt : "Si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses de gens en seront constamment réduites à devenir superflues."
Merci Mathieu de savoir poser des faits simples sans formules de haines politiques.
RépondreSupprimerJe m'y retrouve correctement puisqu'il ne s'agit pas de stigmatiser des citoyens même militants pour d'autre parti, mais bien d'entamer un "réveil" sur l'illusion du pouvoir actuel, façe à la responsabilité de chacun d'être juste et critique dans sa conception de la société.
Fred
Je suis venu, j'ai lu, cela m'a plu !
RépondreSupprimerQu'ils s'en aillent tous.
L'énergie des candidats du front de gauche, leur militantisme désintéressé conduira à la victoire et à la révolution républicaine que nous attentons tous.
Bon courage Mathieu !
François